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Ceux qui m’aiment aux Editions Tarmac

Aujourd’hui 18 novembre paraît Ceux qui m’aiment, mon premier recueil aux éditions Tarmac. Prose poétique sur le thème des amants évoqués avec sarcasme et tendresse à la fois, dont quelques extraits ont été publiés sur la revue Lichen et sur la revue Labyrinthe[s.
Il est disponible sur le site de l’éditeur ou auprès de votre libraire.

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Froid (bis)

J’ai beau faire, j’ai beau enfiler des fibres bien épaisses, fil de mohair ou de velours, rien ne réchauffe mon cuir trop fin. J’ai beau me couvrir de couches de tissus, de trucs molletonnés, de machins synthétiques, d’amoncellements de cellulose, polyester, acétate ou viscose, je reste frigorifiée. Gelée jusqu’à l’échine. Glacée à l’intérieur, bercée par un glas assassin. Percée d’un courant d’air sous la peau, une trouée dans les veines, que ni soie ni laine n’apaisent. Ton absence déchire tous mes vêtements, y laisse un grand trou noir. Eviscérée, je me consume hors toi, abandonnée par contumace. Je me suis brisée aux blocs de givre qui s’entassent à mesure que j’empile les épaisseurs denses, contisées d’ecchymoses, de lassitude, écrasée par un désert vide, sans horizon. Je ne suis qu’une petite chose à l’épiderme trop lisse, au souffle trop court, à l’estomac trop noué pour survivre à la faim (de toi). Je brûle encore mais dans ma banquise, mon igloo intérieur, je meurs de froid.
Perle Vallens

(publication d’un déjà vieux texte)

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Osez 20 histoires : le Noël de tous les plaisirs

Parution du dernier-né de la collection Osez 20 histoires de La Musardine, consacré aux plaisirs de saison, intitulé Le Noël de tous les plaisirs. Au programme des réjouissances, en amont, une lettre au Père Noël (au risque de faire rougir ce dernier). A ne pas mettre entre toutes les mains !

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Pendant que

Pendant que les bruits extérieurs crèvent le silence d’un petit matin assourdi, mon cerveau bouche exprès mes oreilles | Pendant que je me tais, les mots tentent une sortie (en force) | Pendant que je brouillonne, les mots m’appellent, ils s’imposent et composent sans moi. Ils prennent leur indépendance | Pendant qu’elles s’obligent, je goûte ma liberté | Pendant que la vie mijote (sans couvercle dessus), quelque chose quelque part brûle | Pendant qu’une ombre disparaît, le soleil en profite pour en faire naître une autre.
Perle Vallens

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Les rois du monde (photofictions #9)

– Je suis le rooaaaââ du monnnnde !
– Gaffe, tu vas te casser la gueule.
Lol s’est hissé sur la pigouille plantée de façon instable dans les fonds mouvants du marais. A cet endroit, au moindre écart de la plate et il se retrouve à la flotte. Ce ne serait pas la première fois. Ni la dernière. Lol, c’est pas le dernier pour faire le couillon. Son short est déjà mouillé et il a de la vase plein les doigts. C’est un peu notre jeu favori en ce moment. On fait deux camps et on se balance des poignées de bouillasse. Genre mud game comme dit l’ado qui parle bien l’engliche. On s’en colle plein des cheveux. Nos mères nous haïssent après ça. On laisse des traces partout sur le carrelage ou la moquette. Même si on se déchausse avant d’entrer dans la maison. Tu penses, on en a jusque dans les chaussettes. Plein les orteils, sous les ongles de pied, partout. Crasseux, voilà comment on revient mais quelle rigolade ! Limite si on en a pas dans les yeux, si on n’en mange pas.

– Arrête, on a dit qu’on serait des pirates. Regarde, les voilà les arbres aux pendus.
– Fais pas le con, descends de là.
– Appelez-moi Barbe Noire.
Mat se fait un bouc avec la glaise qu’il modèle en pointe. Phil sculpte des cornes dans sa chevelure gluante. Avec un bout de bois ou la pointe d’un ongle, quand on ne les a pas tous rongés comme moi, on dessine sur la couche de boue humide des signes, des codes secrets, des têtes de mort. Voilà, nous sommes prêts à l’abordage.
– A l’assaut ! Attention, Capitaine, il y a un traître à bord.
– Il sera passé par les armes.
– Je vous ferai rendre gorge, renégats !

Celui qui s’y colle, c’est moi. Les autres détestent les rôles de sale type. Moi, les assassins sanguinaires, les mouchards, les salauds, ça me va. En général, je me retrouve seul à la baille coiffé de renoncules ou de lentilles d’eau. Pas cette fois. Je fais volte face, je les menace avec une prise de kung fu et je les déséquilibre. Désarçonnés, ils basculent tous par dessus-bord.
– C’est moi le roooaaaââ du mooonnde !
Perle Vallens