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Immunité (2)

L’air se compose de mini gouttelettes d’eau. Certaines à courte distance de mon visage proviennent de ma bouche. Certaines à courte distance de ton visage proviennent de ta bouche. Nos salives se rencontrent à distance respectable. Un baiser sans contact, intersidéral. Il est interdit de baver. 
©Perle Vallens

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Immunité (1)

On travaille à l’immunité collective. On se mélange un peu, juste ce qu’il faut. On s’embrasse sans y penser. On laisse aller les faux symptômes. On y croit, on n’y croit plus. On s’en passe. Il n’y aura pas de test, de défaillance. On s’en ira plus loin, chacun à son rythme. On se reverra un jour, c’est certain. L’herbe repoussera, c’est certain, toujours plus verte, au milieu des micro-gouttelettes.
©Perle Vallens

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Demi vie

Une demi vie de demi lune. Les ombres agrandies, démesurées mangent la demi obscurité du jardin. Sur demi pointes sentir la terre pleine, grasse dans sa demi humidité. L’humus colle aux pieds, la nuit colle au corps, drapé d’amante, toute suintante de son crépuscule. Demi extinction des feux qui brûlent encore à fond de calle.
©Perle Vallens

Texte et photo publiée dans la nuit du 24 au 25 octobre, entre 21h et 6h à l’occasion del’événement #voldenuits organisé par la revue Pourtant, première nuit de « couvre feu » (dont je n’ai pas bien saisi l’aboutissement ne voyant ni ce texte, ni l’image, ni d’autres textes lus cette nuit sur leur site).

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Inktober 2020, 5 par 5 (5)

21
Il aurait pu rester là entre les murs.
Il aurait pu se taire et dormir.
Au lieu de ça, il est sorti et n’est jamais revenu.
©Perle Vallens

22
Il y a un chef cuisinier, un qui mange sa cuisine, un qui la partage, un qui joue du piano debout, un qui ne craint ni le froid ni le chaud, un qui a mal aux genoux, un qui nous offre autant de sourires que de truffes, autant de gentillesse que de lièvre à la royale. Il y a un chef cuisinier. Et il y a de l’amour.
©Perle Vallens

23
On a voulu, on a pensé, on a longtemps réfléchi à tout ça. Puis on s’est mis à déchirer de grands pans de monde comme on arrache un papier peint qui a fait son temps. Maintenant on cherche à repeindre ce qui peut l’être, avec toutes les couleurs connues et inconnues. Maintenant on cherche à redessiner les contours et les personnages. Maintenant on fait de l’art vivant au bout de nos doigts.
©Perle Vallens

24
Il avait dit il faut creuser. Toujours creuser plus loin. On ne creuse jamais assez. La terre noire, la terre rouge, la terre grise, les graviers qui dévalent, les cailloux qui s’entassent, la roche-mère, la plus dure sous le pied, la plus ancienne sur les épaules. Il faut continuer de creuser jusqu’à trouver le moindre indice, le plus petit sens à tout ça. Il faut creuser pour savoir pourquoi l’on creuse.
©Perle Vallens

25
Copain comme cochon, comme des doigts qui fouillent la chair pour trouver du neuf, comme le groin planté là, au milieu, et le gland à ramasser par jour de grand vent. Décoiffée par le souffle qui grogne, qui traîne dans le monde sale, dans les pensées sales, qui rapporte de sa saleté et en tapisse le pelage. Copine comme lapine qui se fend et couine toutes incisives dehors, une rangée bien dressée à la morsure. Dents contre groin, la paille a blêmi, le ciel a pâli, pleins phares entre les peaux.
©Perle Vallens

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Il en faut (peu)

Il en faut peu pour que l’agencement des jours soient bien droits. Il en faut peu pour que l’on s’intègre bien dans l’emploi du temps, que l’on s’organise la vie recréée selon les bonnes directives et les planifications. Toi. Tu comptes les jours sur les doigts d’une main. Après, tu ne sais plus.
Il en faut peu pour que les portes restent bien ouvertes entre deux rendez-vous, que les portes souvent en grand, que les vents ne les referment pas. Tu n’es pas menuisier mais tu sais ouvrir les portes. A condition d’avoir les clés.
Il en faut peu pour que l’on se comprenne, que l’on se déterre les uns les autres, que l’on ne se comprime pas, que l’on respire, que l’on prenne l’air. Tu pourrais gonfler un peu plus tes poumons, tu sais.
Il en faut peu mais il en faut de la suite dans les idées. Il en faut des moyens, il en faut des mains ouvertes. Peu de main mais un peu, un index pour montrer le chemin. Le reste da la main ne sert pas à grand chose. Tu pourrais perdre tous tes doigts, il te resterait la paume pour caresser. ©Perle Vallens

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Inktober 2020, 5 par 5 (4)

16
Au fuseau horaire
il est toi moins trop d’heures
La fusée ne décolle toujours pas
©Perle Vallens

17
Ce qui fait les tempêtes
ce qui nous défait
ce qui nous ensevelit
ce qui s’annonce
pour demain
©Perle Vallens

18
Au fond de mon verre
il y a un reste de mirage
une sorte de piège
une vision vivace
Déjà hameçonnée
je disperse le visage
dans l’alcool
©Perle Vallens

19
La nuit m’est alcool
Tout étourdi par les étoiles
l’assoiffé boit à grand traits
La nuit me désaltère
©Perle Vallens

20
Quelque part couleur corail
Quelque part fruit cru
Quelque part bruits sauvages
©Perle Vallens

Inktober·photo n&b·poésie

Inktober 2020, 5 par 5 (3)

11
Pugnacité toujours
dans le mouvant de la vie
le poing levé contre
le flot répugnant
l’enfer quotidien
l’insupportable néant
©Perle Vallens

12
Terrain glissant
la passation des mots
de la langue à la langue
comme nourriture
comme salive
comme source de soi
©Perle Vallens

13
Les signes se dessinent sur le sable
dansent en ondes immobiles
creusent des sillons sur la dune
Toi, tu ne sais les déchiffrer
Tu attends la pluie
©Perle Vallens

14
Fracas des armures
les casques et les matraques
tout contre les carcasses
tout contre les cadavres
©Perle Vallens

15
Tout au bout du monde
à l’avant poste à la bordure
à l’approche des dernières bornes
au point de la route qui dévie
aller
©Perle Vallens

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Chaque corps (2)

Chaque corps enferme un fauve. Il s’use les crocs sur la corde humaine, Il crache son enfermement, cherche ses racines tout au fond, pris au flanc, la forme primitive de toutes les volontés. Il défriche les anciennes terres, creuse son propre trou pour plus tard, ensevelit toutes les fonctions annexes.

Chaque corps est un animal difficile à domestiquer. C’est un animal sauvage, solitaire, féroce. Le corps est un animal comme les autres. Il vaut sa part de viande fraîche et de carnage. Il veut son pesant de sang et de pluie,
Personne ne sait le dresser tout à fait. Le dompteur est sa première proie. Il se jette en pâture à lui-même. La part d’ombre contre la lumière, une manière de se dire, une vie pour une autre.

Chaque corps gronde à l’intérieur. Chaque corps hurle dans le noir. Les vieilles craintes de l’obscur et du miroir où regarder ses erreurs bien en face. Celui qui peut vaincre sa peur à coup de poing, à coup de tripes, celui qui sait se délester plutôt que se détester, celui-là survit à sa bête intérieure.

Chaque corps est prêt à bondir, à mordre, L’attaque est la meilleure défense, l’attaque est la meilleure réponse. Un peu de cruauté, un peu de courage. Regarder les saccages dans le blanc des yeux. Regarder blanchir le pelage qui perce sous le couche lisse.
Le corps ne sait pas panser ses blessures, il préfère arracher l’organe, se démembrer. Il préfère une petite torture, il préfère un sacrifice, question de survie. Il recrachera ce qu’il faut. Il y laissera sa peau. Il lèchera sa plaie jusqu’à l’os.
Pas encore mort. Mais après, qui réclamera le corps ?
©Perle Vallens