photo n&b·poésie

Puisque la main


A deux pas, la porte.
Puisque l’on ne peut revenir en arrière.
Puisque l’insistance du soleil.
Puisque l’air plus loin embaume une promesse
qui ne saurait mentir.
Puisque la main peut être fiable.
Puisqu’elle peut savoir l’intelligible,
puisqu’elle peut voir l’invisible.
La main nous presse dehors.
La main rapproche le ciel.
Ce n’est que pour saisir l’instant.
©Perle Vallens

photo n&b·poésie·prose

Elle dit (2)

Elle dit. Et c’est encore un soubresaut qui la saisit, une trace laissée dans le silence. Elle ne sait si le son l’emporte, si la voix lui redessine une veine. Le sang lui bat au fond du ventre. C’est là que le mot qui s’est échappé trouve refuge. C’est là qu’il geint longtemps après. C’est là qu’il joint toutes les terminaisons nerveuses. C’est là que se rejoue le désir. Elle se laisser fléchir. Encore un peu.
©Perle Vallens

photo n&b·poésie·prose

Elle dit

Elle dit. Et c’est une cérémonie dont rien ne se garde, dont tout s’échappe. Elle est restée longtemps au bord du rêve. Elle est restée la tête en bas. Elle est restée ainsi en silence. Elle a ouvert le rêve avec la bouche. Le rêve a coulé au fond de sa gorge. Le rêve l’a nourrie en goutte à goutte. Le rêve l’a arrachée à elle-même. Elle nage maintenant. Au plus profond.
©Perle Vallens

Non classé

Ce qui se dit

(Verbe du premier groupe. Première lettre de l’alphabet.)
Dit tellement plus que ce qu’il semble dire.
Dit la montagne et le ciel et la mer et la tempête.
Dit l’insuffisance de l’habitacle, bien trop petit, trop étriqué.
Dit les grands espaces et les envols.
Dit la démesure et les silences.
Dit tous les oui dicibles et indicibles.
Dit aussi les non qui affleurent, les refus, les larmes en rafales.
Dit aussi la souffrance, trop grande pour une seule personne.
Dit aussi tous les cris intérieurs et ceux qui franchissent la bouche.
Se conjugue bien à l’imparfait. Aussi.
©Perle Vallens

photo couleur·poésie·prose

Un autre langage

Reçues en partage, les forêts dansent. Au plus sombre, les arbres surgissent et pensent en nous-mêmes. Ils apparaissent en sons, en mots libre dans nos bouches.
Nous jouons avec les esprits. Nous cachons nos langues dans nos mains. Nous inventons un nouveau langage noué dans l’écorce. Nous y gravons de nouveaux sens versés dans l’eau des pluies. Bientôt ils germeront. Alors.
©Perle Vallens

montage photo·photo n&b·poésie·prose

Travailler l’image

Offre remarquable appliquée aux circonstances, ce qui convient à la construction de l’image, celle que l’on n’avait pas imaginée. Elle surgit d’un moment à l’autre, se rassemble, s’éternise.
Dessous, d’autres strates s’écartent pour laisser passer l’insupportable. Le cadrage ne pardonne pas. Il laisse entrevoir toutes les imperfections. Il laisse exister toutes les erreurs.
Le désordre se réconforte dans sa mise en page du réel. Tout trait fourmille de points, tout temps se nourrit d’instants.
Il faut cadrer plus large, voir le tout dans son ensemble, percer les clôtures, abattre les cloisons d’une vie trop rangée.
On peut toujours retoucher par un retour en arrière, par un juste retour des choses. On peut toujours redessiner les contours.
©Perle Vallens

poésie·photo couleur·prose

Personne. Seulement.

Un rayon par heure suffirait, une zébrure suffisante de lumière, un feu extérieur survenu qui survient encore au bout des doigts. Suffisamment pour dessiner le contour de nos vies.
Personne pour supprimer nos prisons. Personne pour supprimer l’inertie, personne pour définir mieux que nous le provisoire. Personne pour boire mieux que nous à la source. Personne pour s’élancer. Seulement le soleil.
©Perle Vallens