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Inktober 2021, 5 par 5 (5)

17 bouche double d’où nait
le brasier l’embrasement solaire
un système génésique à double polarité
le baiser est jaillissement
dans la constellation du désir
est collision astrale d’où l’étincelle fuse
deux bouches accolées dans l’explosion
d’où nait nova rouge
©Perle Vallens

18 La lune comme illusion
d’échapper à la nuit
comme performance mensuelle
comme trajectoire infinie
son cycle son obstination
son éternelle agenouillement
devant la terre seulement jeu
seulement déjà vu sa face cachée
devant les projecteurs ou
derrière les barreaux
la lune gravit ses échelons
chaque mois dégrafe nos chaleurs
découpe nos flancs en tranches de vie
nocturne en chasse au pire
en désordres d’organes
en chantiers incendiaires
en grands chamboulements
la lune joue mais ne triche pas
avec nos hormones
©Perle Vallens

19 il y a un moment où même la boucle
fait un angle aigu un angle radical
un angle mort dans un coin précaire
de notre vie au pied du mur
On cherche le contrepoint la note accolée
celle qui gagnera l’écriture harmonique
la résonance d’une rondeur
retrouvée sur la partition
©Perle Vallens

©Perle Vallens

20 est-ce qu’on sait
ce seuil de la chair
la chasse précoce
l’effleurement d’une peau
comme une porte ouverte
une entrée à genoux
est-ce qu’on sait
ce qui fait jaillir les eaux
et fait germer le sperme
©Perle Vallens


21 Ce que je préfère c’est la voie trouble
que tu prends sans savoir où tu vas
la voix hésitante le regard flou
Ce que je préfère c’est la confusion
le fouillis de tes mains à tâtons
ton branle-bas sans combattre
Ce que je préfère c’est l’anarchie
de la chambre et son joyeux saccage
le foutoir de ton foutre
et toutes tes imperfections
Ce que je préfère c’est ce petit bordel
que tu laisses au bord de ma peau
©Perle Vallens

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Rage

Colère cryogénique
te fige dans ta rage
rien ne bouge que l’arc circonflexe
au front déformé du ressentiment
rien ne gicle que le fiel par tous les trous
du corps par tous les pores

La rancœur encastrée tient tout
d’un bloc serré comprime l’humeur
qu’une croûte vile recouvre
d’un gel sous contrôle
que rien ne pourrait rompre sans risque

On ne peut briser la glace d’un coup
pas la hache pas trancher vif
il faut réchauffer tout doucement
porter le cœur à température ambiante
de peur qu’il ne casse
net
©Perle Vallens

atelier Laura Vazquez·écriture·photo n&b·poésie·prose

Le chemin

Je vais dans la vie d’un pas fracturé, d’un pied bot, la jambe boiteuse de ne savoir où se poser.
Je croise des âmes blessées, des lambeaux de vent qui me percutent de leurs mouvements trop amples, de leurs gestes arrachés à la terre.
Avec mon corps crashé par tant de collisions je continue de marcher.
Nous continuons tous d’avancer sur le chemin.
Tous en apnée devant et derrière ce qui nous sert de boussole.
Nous allons à l’aveugle, nos yeux bridés de solitaires, nos yeux couturés d’erreurs d’aiguillage, de coups de ciseaux si anciens qu’ils ont rouillés, nos yeux de fer rongé par le temps.
Nous avons tous des mains trop grandes d’ogres faméliques, nos dents déchaussées dansant seules dans nos bouches.
Nous ouvrons encore nos gueules vides, bêtes affamées en quête d’un loup, d’une meute. C’est à qui trouvera la couverture chaude de l’humanité pour s’en couvrir. A qui les draps propres de l’amour pour se vautrer.
Il se dit qu’à défaut d’un agneau, nous pourrions nous nourrir de rivières, nous pourrions nous vêtir de forêts.
Et parsemer de nos os les routes pour montrer la voie empruntée à l’avenir, celle à suivre des yeux avant de la nommer.
Nous poursuivons tous, c’est le parcours imposé de l’escape game jusqu’à son terme (joueur ne joue pas encore), jusqu’à dernier souffle, la respiration courte de l’oiseau.
©Perle Vallens

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Inktober 2021, 5 par 5 (4)

12 Il y a ce truc qui coince
ce truc qui bloque
qui cogne au cou
qui décapite
Il y a ce truc qui écarte
ce truc qui dérobe
qui dérouille écarlate
qui dérive
Il y a ce truc qui dévie
ce truc avarié qui désaxe
qui fait dérailler
qui te vrille
Mais tu ne sais pas dire exactement
ce qu’est ce truc
©Perle Vallens

13 on ne sait plus déverrouiller les nuits électriques
qu’à coup de lampes autobronzantes
bon teint plein soleil sur toit ouvrant
comme si les étoiles nous tombaient dessus
c’est le frottement de la lumière qui me rend belle
c’est l’éjaculat de milliers de rayons
ou bien ma peau meurt de froid
©Perle Vallens

14 cette faute qu’on nous tend
qui nous retranche
ce qu’on regarde par le prisme
de la culpabilité
sans repentir réel
ce qui pèse sans passer le cap
ce que l’on coche dans le ciel
ce qui se compte d’astres jamais atteints
ce que l’on se cache a saveur de flétrissure
le poids du plomb tombé
dans la bouche
©Perle Vallens

15
L’œil cligne là où se tient
la ligne continue infinie
du temps là où il s’étire
ce droit fil inrompu
que n’interrompt aucun mouvement
de tête aucun crâne vibrant
aucun faisceau sous le casque
aucune pensée pour le dérouter
seulement tronçonner en secondes
en espacements
pas assez de doigts pour dénombrer
pas assez de cran pour infléchir
il ne reste en gare du corps
que l’œil pour le regarder
passer
©Perle Vallens

16 Mal parcouru pieds nus
longue route sans boussole
Mal né terre inexplorée
dont il n’existe aucune carte
Mal traversé sur la ligne
rapprochée de l’horizon
à croiser l’angle mort du cœur
Mal étroitement navigable
sans repère ni main
rencontrée sur le chemin
Mal sans mort
ne dit pas son nom
©Perle Vallens

Actualité·anthologie de poésie·collectif·Editions des Iles·poésie

Anthologie Voix des îles

En février 2020, appel à poésie était lancé par l’association Indocîles.
L’anthologie à laquelle il a donné naissance vient de paraître, aux Editions des îles, regroupant pas moins de 65 poètes ! Citons pêle-mêle, Eric Poindron, Eric Costan (qui fait partie de l’association), Guylaine Monnier, Milène Tournier, Amélie Guyot… J’y figure avec deux de mes poèmes : Credo et L’art du rien.
L’anthologie est disponible en suivant le lien.